La charge de travail en contexte de pandémie : un enjeu collectif

08 mai 2020

Chères collègues, chers collègues,

Vous êtes nombreux à nous écrire depuis plusieurs semaines pour rapporter diverses situations en lien avec la pandémie. D’emblée, il est important de rappeler que le contexte exceptionnel de pandémie ne vous prive pas de vos droits. Votre dévouement et la flexibilité que vous déployez pour contribuer à la mission universitaire et « faire votre part » peut s’inscrire à l’intérieur des balises et des conditions reconnues par la convention collective, qui continue de s’appliquer.

Nous avons maintenant, grâce à vos messages ainsi qu’à nos nombreuses rencontres avec les représentants de la direction en vue d’arriver à des ententes écrites quant à nos conditions de travail, suffisamment de recul pour dresser un portrait d’ensemble et identifier la stratégie qui se déploie. 

Demandes individuelles et effet domino

Des consignes sont adressées aux directions d’unités en leur demandant de faire en sorte que les professeur.e.s trouvent des solutions pour assurer la même offre de service d’enseignement-cours. Cette façon de faire est pernicieuse puisque sous le couvert de la consultation individuelle (souvent avec des délais de réponse extrêmement courts qu’on vous impose), on obtient un engagement ou une ouverture de votre part à dispenser votre cours à distance, à accepter un autre cours en remplacement, à doubler ou tripler la taille de votre groupe pour compenser d’autres cours annulés, etc.

Premièrement, la direction peut ainsi obtenir de vous des concessions qui peuvent dans certains cas porter atteinte à vos droits tels qu’ils sont pourtant garantis par la convention collective. Par exemple, le report de la charge de cours sur une année subséquente en cas d’annulation d’un cours n’est pas une pratique standard. Les responsabilités familiales peuvent donner droit à des congés ou des allègements de tâche. La modification de votre charge d’enseignement-cours doit respecter certains délais. Les contenus de vos cours vous appartiennent et sont protégés par le droit d’auteur. N’hésitez pas à contacter le SGPUM pour vous informer de vos droits avant d’accepter toute nouvelle tâche ou toute adaptation inhabituelle.

Deuxièmement, le fait que certain.e.s collègues acceptent des réaménagements ou des transformations substantielles de leur tâche crée un précédent auquel sont par la suite mesuré.e.s les autres collègues, sur qui s’exerce alors une pression pour « faire leur part ». Cet effet domino est un important vecteur d’iniquité, car tous et toutes ne sont pas au même stade en carrière, n’ont pas les mêmes contraintes familiales et personnelles, et n’ont pas des activités aussi simples à réorganiser, ou les mêmes compétences pour le faire. 

Une conception étriquée de l’équité

À l’aune de nos rencontres avec la direction et des cas qui nous ont été rapportés, il semble qu’aux yeux de la direction, les professeur.e.s sont en télétravail et peuvent donc fournir leur prestation de travail normale, surtout en ce qui concerne l’enseignement-cours, comme si de rien n’était ou presque. Plusieurs d’entre vous avez dénoncé cette attitude de « business as usual ».

Premièrement, l’enseignement n’est pas une activité qui se transpose facilement dans un contexte non-présentiel. Le travail d’adaptation est substantiel et exige dans plusieurs cas de se familiariser avec des nouveaux outils, de lire des guides d’utilisation de dizaines de pages, de suivre des webinaires, etc. Pourtant, la tâche des professeur.e.s n’a pas été allégée pour leur permettre de se consacrer à ces adaptations. La surcharge de travail vous est présentée comme normale, ne nécessitant aucune considération de la part de la direction. Ceci est inacceptable.

Deuxièmement, le maintien de la charge et des mêmes attentes quant à la réalisation de celle-ci est difficilement réconciliable avec les obligations familiales, la santé psychologique et le soin des personnes à charge. La direction refuse ainsi de s’engager à accorder un allégement de la tâche pour les professeur.e.s dont les responsabilités parentales ou familiales sont excessivement contraignantes en raison de la pandémie, en arguant que cela ne serait pas équitable pour les autres collègues. Autrement dit, la direction confond équité et égalité. Elle fait porter à ceux et celles qui demandent des accommodements pour des raisons familiales l’odieux d’une « iniquité », alors que ces accommodements permettraient au contraire de rétablir une certaine équité! En refusant des accommodements à ces professeur.e.s, l’université pénalise donc les professeur.e.s sur la base de leurs conditions familiales.

Faire sa part sans laisser sa place

La stratégie de consultation en silo et d’engagements quant à l’enseignement sur une base individuelle, ainsi que le refus d’alléger la charge d’enseignement des collègues aux prises avec un contexte personnel difficile, est un problème grave pour deux raisons.

Premièrement, en refusant de convenir de mesures particulières et exceptionnelles en raison de la pandémie avec le SGPUM et en privilégiant plutôt des ententes sur une base individuelle, la direction de l’Université obtient de vous et de vos collègues, par votre sens du dévouement et votre flexibilité, des concessions ou des réaménagements quant à votre charge de travail en contournant le syndicat.

Deuxièmement, le maintien de l’enseignement-cours dans le contexte de la pandémie nécessite d’y consacrer davantage de temps pour adapter et dispenser les cours, ce qui entraîne inévitablement une surcharge pour maintenir vos activités dans les autres volets de la tâche professorale. Si vous suspendez vos activités de recherche, vos publications ou votre rayonnement universitaire, c’est votre dossier et votre progression en carrière qui en souffriront à titre individuel. Les professeur.e.s se trouvent alors contraint.e.s de travailler encore davantage, sous l’illusion qu’il s’agit d’une responsabilité et de choix individuels. Cette surcharge exerce une pression plus grande encore sur les professeur.e.s dont le contexte personnel et familial ne leur permettent pas de travailler autant qu’en temps normal, ou qui sont moins avancés en carrière.

Vigilance et bienveillance

Suite à ces constats, le SGPUM vous demande d’être vigilant.e.s face à ces stratégies et de refuser collectivement tout ce qui grèverait la collégialité et la solidarité au sein de votre unité. Dans le cadre de la préparation du trimestre d’automne, gardez en tête que vos décisions collectives sur l’offre de service doivent reposer sur une véritable équité qui tient compte de la réalité de vos collègues aux prises avec des contraintes et difficultés personnelles (parentales, familiales et de santé). Cette conception de l’équité ne vous demande pas d’assumer la tâche de vos collègues à leur place, mais plutôt de faire en sorte que la direction de l’Université (et de votre faculté) reconnaisse la surcharge de travail, réduise l’offre de service ou adopte toute autre mesure pour vous dégager du fardeau, collectivement ou individuellement.

En conséquence, le SGPUM vous recommande individuellement et collectivement :

  • De demander à la direction de revoir l'offre de cours de votre unité et d'attribuer la charge d'enseignement-cours de manière équitable et selon des règles claires et connues, en tenant compte des contraintes individuelles des professeur.e.s, afin d'éviter les surcharges de travail;
  • De soutenir au sein de votre unité toute mesure d’accommodement de collègues avec des contraintes familiales, parentales ou de santé, et de refuser tout argument de manque de ressources financières qu’on invoquerait à cet effet; 
  • De demander à la direction de votre unité qu'elle reconnaisse les difficultés des collègues à transformer les cours prévus en présentiel en mode non-présentiel;
  • D'exiger une répartition équitable des ressources d’auxiliariat selon des règles claires et connues (par exemple en faisant appel au comité local sur le soutien à l’enseignement prévu à la lettre d’entente no 4);
  • De ne pas renoncer individuellement ou collectivement aux droits qui vous sont reconnus par la convention collective;
  • D’informer officiellement vos directions d’unités que vous n’accepterez aucune atteinte à votre liberté académique ou à votre propriété intellectuelle, ni des mesures risquant de porter atteinte à votre santé et votre sécurité;
  • De tenir des réunions syndicales au sein de votre unité afin de discuter de toutes ces questions et de faire part au SGPUM de la situation.


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