Un nouveau recteur pour notre université : une occasion ratée?

05 mars 2020

La Direction de l’Université de Montréal annonçait le 25 février 2020 la nomination du professeur Daniel Jutras, de l’Université McGill, au poste de recteur de notre université. Le SGPUM félicite M. Jutras pour sa nomination et l'assure de sa collaboration.

Une frontière qui tarde à être transcendée

Sans remettre en question les qualités et compétences de M. Jutras, le SGPUM souhaite exprimer sa vive déception quant au choix du Conseil de l’université de ne pas nommer une femme au rectorat pour la première fois de l’histoire de l’Université de Montréal, malgré la présence d’au moins une femme parmi les candidatures. En plus de 135 ans d’histoire, le poste le plus influent de notre université a toujours été occupé par des hommes. Serait-ce dire qu’aucune femme dans le milieu universitaire n’a la stature requise pour ce poste? Les universités québécoises comparables sont pourtant parvenues à en trouver... Nous sommes aujourd’hui en droit de nous interroger sur un processus de nomination qui manifestement crée des obstacles à l’accession des femmes à ce poste important, car nous ne pouvons demeurer les bras croisés devant ce plafond de verre qui persiste. Ce plafond, nous l’avons vu en 2004 lorsque madame Suzanne Fortier avait remporté le scrutin indicatif de l’Assemblée universitaire, suite à quoi le Conseil de l’université avait plutôt nommé monsieur Luc Vinet. Cette fois, nous ne pouvons le voir puisqu’il n’y a plus de scrutin indicatif, aussi sommes-nous condamnés à nous poser la question sans pouvoir y trouver de réponses. Quoiqu’il en soit, l'Université de Montréal est en voie de devenir la dernière université au Québec à avoir une rectrice, une distinction fort peu enviable..

Un processus non collégial

Dans le communiqué annonçant la nomination de M. Jutras, l’Université écrit que « [c]ette nomination vient clore un processus de consultation qui s’est échelonné sur environ 10 mois et a sollicité la participation active de la communauté universitaire ». Pourtant, la voix des professeur.e.s et de la communauté universitaire dans son ensemble n’a jamais été si peu écoutée. Le nouveau processus pour la nomination d’un recteur ou d’une rectrice provenant de la révision des statuts de l’Université de Montréal est un processus fermé, opaque et encore moins collégial qu’auparavant. Rappelons que l’AU, suivie par plusieurs assemblées départementales, s’était opposée à ce nouveau processus établi par le Conseil de l’Université. Un regroupement de syndicats et d’associations, dont le SGPUM, avaient également dénoncé le nouveau processus dans une lettre commune en juin dernier, exprimant notamment leur inquiétude quant à la légitimité aux yeux de la communauté universitaire d’un recteur ou d’une rectrice ayant été nommé selon ce processus. Tout ce processus opaque et confidentiel apparaît de plus incompatible avec la Recommandation de l’Unesco concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur (1997), laquelle revêt une portée obligatoire au Canada du fait de son adhésion à l’Unesco. Le processus paraît par ailleurs incompatible avec le principe de participation de la communauté universitaire à l’administration de l’université, pourtant affirmé dans le préambule de la Charte de l’Université de Montréal.

Candidatures secrètes

L’un des principaux changements apportés au processus est que pour la première fois, les candidat.e.s avaient la possibilité de demander que leur candidature demeure secrète. Or, dans son plus récent bulletin, l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) appelait les universités à adopter un processus de nomination ouvert et transparent pour les cadres supérieurs des universités, indiquant que les processus fermés, calqués sur le modèle des universités privées américaines, ont des conséquences néfastes sur la confiance de la communauté universitaire envers le processus. L’idée que les processus fermés attirent de meilleures candidatures est également remise en question. La présidente, Brenda Austin-Smith, pose ainsi la question : « Pourquoi une personne qui ne postule pas à un poste dont le processus de sélection est ouvert serait systématiquement un meilleur candidat qu’une personne disposée à prendre contact avec la communauté universitaire au cours du processus de sélection? » (texte disponible ici). En outre, le fait que des candidatures puissent demeurer confidentielles nuit considérablement à la confiance de la communauté envers le processus, un phénomène que Robin Whitaker explique de la façon suivante :

« Il est difficile d’avoir confiance quand on ne sait pas vraiment ce qui s’est passé, si le bassin de candidats reflétait l’équité et la diversité et comment et pourquoi les décisions ont été prises et par qui. » (texte disponible ici)

La candidature de M. Jutras étant demeurée secrète tout au long du processus, nous nous retrouvons avec un recteur dont nous ne connaissons pas les ambitions pour notre université, avec qui nous n’avons pas eu l’occasion d’échanger et à propos duquel nous n’avons pas pu nous prononcer lors du processus de consultation sur les personnes candidates ayant eu lieu en novembre dernier. Il est de plus impossible de savoir quelles candidatures parmi celles qui sont demeurées confidentielles ont été écartées. Y avait-il des femmes ou des personnes issues de la diversité parmi ces candidatures secrètes? Nous n’aurons malheureusement jamais la réponse à cette question.

Abolition du vote consultatif de l’Assemblée universitaire

Toujours en phase avec le nouveau processus de nomination, aucun vote consultatif n’a été tenu auprès de l’Assemblée universitaire (AU) pour connaître son avis sur les candidatures retenues sur la liste courte par le comité consultatif. L’AU, composée de plus de 100 personnes, incluant des représentant.e.s élu.e.s des différents groupes de la communauté universitaire (professeur.e.s, chargé.e.s de cours, employé.e.s, étudiant.e.s) et des membres de la direction, est pourtant l’instance chargée  « [d’]énonce[r] les principes généraux qui président à l'orientation de l'Université et à son développement et [d’]adresse[r] au Conseil des recommandations en ce sens ». Or, on ne saurait prétendre que la nomination d’un recteur ou d’une rectrice n’influence pas l’orientation d’une université!

Absence de forum public pour échanger avec les candidates et candidats

Enfin, aucun forum public n’a été organisé par l’Université pour permettre aux candidat.e.s de présenter leur vision de l’institution et d’échanger avec les membres de la communauté universitaire. Le seul forum public ayant permis à la communauté d’échanger avec des personnes candidates au rectorat a été organisé par la Coalition des associations et syndicats de l'Université de Montréal (CASUM), dont fait partie le SGPUM, et il n’a pu réunir que les trois personnes dont la candidature était publique.
 
En conséquence, le SGPUM réitère avec force son opposition au processus de nomination d’un recteur ou d’une rectrice à l’Université de Montréal et enjoint le Conseil de l’université à revoir celui-ci pour permettre une véritable participation de la communauté universitaire au processus et un accès égal à toutes et tous au poste le plus élevé de notre université.

Quelques faits

Université de Montréal :

Fondée en 1876. Recteurs laïcs depuis 1965. Personnes ayant depuis occupé ce poste : 8 hommes, 0 femme.

Universités québécoises ayant eu au moins une rectrice ou principale :

  • Université Bishop’s : Janyne Hodder (1995-2004)
  • Université Concordia : Judith Woodsworth (2008-2011)
  • Université de Sherbrooke : Luce Samoisette (2009-2017)
  • Université Laval : Sophie D’Amours (2017-aujourd’hui)
  • Université McGill : Heather Munroe-Blum (2003-2013), Suzanne Fortier (2013-aujourd’hui)
  • UQAC : Nicole Bouchard (2017-aujourd’hui)
  • UQÀM : Paule Leduc (1996-2000); Magda Fusaro (2018-aujourd’hui)
  • UQAT : Johanne Jean (2004-2017)
  • UQTR : Claire Verret de La Durantaye (1999-2004)


voir plus de déail
  • Événements
  • Dates repères
  • Autres
Conventions et ententes Statuts et règlements Procédure des assemblées